Le Horla, de Guy de Maupassant
Guide de lecture : le texte partie par partie, les passages à connaître et cinq questions pour vérifier qu’on a lu.
- Auteur
- Guy de Maupassant (1850-1893)
- Publication
- 1887
- Genre
- nouvelle
- Longueur
- 9 516 mots, environ 40 minutes de lecture
- Niveau
- 4e (cycle 4)
Collège. Le programme de français du cycle 4 (BOEN n° 31 du 30 juillet 2020) prévoit en 4e, dans l’entrée « Regarder le monde, inventer des mondes : la fiction pour interroger le réel », l’étude d’une nouvelle fantastique en lecture intégrale. Le programme ne fixe pas de titre : Le Horla est l’un des choix possibles.
Le Horla est une nouvelle fantastique de Guy de Maupassant, dont il existe deux versions. La première paraît en 1886 dans le journal Gil Blas : c’est un récit encadré, où un malade raconte son histoire devant des médecins. La seconde, lue ici, est plus longue et prend la forme d’un journal intime ; elle paraît en 1887 chez Paul Ollendorff, dans le recueil auquel elle donne son titre. Le journal court du 8 mai au 10 septembre, sans indication d’année, et compte environ 9 500 mots. Maupassant y mêle des références de son temps : l’hypnotisme, la suggestion, les médecins de l’école de Nancy, Mesmer.
En 4e, le texte sert à étudier la manière dont la fiction interroge le réel. En lisant, distinguez ce que le narrateur voit lui-même, ce qu’il déduit et ce qu’on lui rapporte, et relevez les explications qu’il essaie tour à tour : fièvre, somnambulisme, suggestion, hallucination. Le journal n’a pas d’autre témoin que celui qui l’écrit, si bien que rien ne permet de trancher entre la folie et le surnaturel, même à la dernière ligne.
Avant de lire
- Comptez une heure environ. Le texte se lit d’une traite, mais l’entrée du 16 juillet, la séance d’hypnose chez la cousine, est longue et presque entièrement dialoguée.
- Notez les dates et les lieux (la maison, le mont Saint-Michel, Paris, Rouen) : le narrateur part et revient plusieurs fois, et ses crises suivent ces déplacements.
- Après l’entrée du 19 août, relisez celle du 8 mai : un détail du début change de sens.
- Vers la fin, les phrases se coupent et les points de suspension se multiplient : lisez à voix haute les dernières entrées pour entendre l’affolement du narrateur.
Les personnages
- Le narrateur
- homme sans nom qui vit avec ses domestiques dans sa maison de famille au bord de la Seine, près de Rouen, et tient ce journal.
- Le moine du mont Saint-Michel
- guide du narrateur au sommet du mont ; il lui conte des légendes et lui parle du vent qu’on ne voit pas.
- Jean
- le cocher du narrateur, qui dort mal lui aussi au début de juillet.
- La cousine du narrateur
- jeune femme qu’il connaît depuis l’enfance ; endormie par un médecin, elle obéit ensuite sans le savoir à l’ordre reçu.
- Le docteur Parent
- médecin des maladies nerveuses, qui pratique l’hypnotisme et la suggestion.
- Le Horla
- l’être invisible qui boit l’eau et le lait, domine la volonté du narrateur et dont celui-ci croit entendre le nom le 19 août.
Le texte partie par partie
Ces résumés servent à se repérer pendant la lecture ou à retrouver un passage. Ils ne remplacent pas le texte : les questions plus bas portent sur des détails qu’ils ne donnent pas.
8 mai – 3 juin 1 515 mots
Le 8 mai, le narrateur, qui vit dans la maison où il a grandi, au bord de la Seine près de Rouen, se dit heureux et salue un trois-mâts brésilien tout blanc qui passe devant sa grille. Dès le 12 mai, il se sent fiévreux et triste ; son médecin lui prescrit des douches et du bromure de potassium. Chaque nuit, un cauchemar le réveille : quelqu’un s’agenouille sur sa poitrine et l’étrangle. Le 2 juin, en promenade dans un bois, il se croit suivi et perd son chemin ; le 3 juin, il décide de partir en voyage.
2 juillet – 6 juillet 1 266 mots
Rentré le 2 juillet, le narrateur raconte sa visite au mont Saint-Michel et sa conversation avec un moine, qui lui conte une légende du lieu et lui fait remarquer qu’on ne voit pas le vent, qui existe pourtant. Le 3 juillet, son cocher se plaint lui aussi de mal dormir depuis son départ. Les cauchemars reprennent, et le 5 juillet il trouve vide la carafe qu’il avait vue pleine en se couchant. La nuit suivante, la carafe est de nouveau vidée, et il se demande s’il est somnambule ou fou.
10 juillet – 16 juillet 2 058 mots
Du 6 au 9 juillet, le narrateur fait des épreuves : on boit l’eau et le lait laissés sur sa table, jamais le vin, le pain ni les fraises, même quand il a enveloppé les carafes et s’est frotté les lèvres et les mains de mine de plomb. Parti pour Paris, il se croit guéri et se moque de ses terreurs ; le 14 juillet, il regarde la fête de la République. Le 16 juillet, il raconte la soirée de la veille chez sa cousine, que le docteur Parent a endormie par hypnose en lui ordonnant d’aller emprunter cinq mille francs à son cousin. Le lendemain matin, elle vient lui demander cette somme sans savoir qu’elle obéit à un ordre, et le médecin doit l’endormir de nouveau pour le lui faire oublier.
19 juillet – 7 août 949 mots
On se moque à Paris de l’aventure du narrateur ; le 21 juillet, il dîne à Bougival et passe la soirée au bal des canotiers. Il rentre chez lui à la fin du mois et tout semble calme, jusqu’au 4 août où ses domestiques se disputent au sujet de verres cassés la nuit. Le 6 août, en plein jour, il voit dans son jardin une rose se casser et s’élever seule dans l’air avant de disparaître : il est désormais certain qu’un être invisible vit sous son toit. Le 7 août, il se demande s’il n’est pas un fou lucide, et une force inconnue l’oblige à interrompre sa promenade pour rentrer.
8 août – 18 août 1 272 mots
Le narrateur sent la présence invisible qui l’épie et ne parvient plus à quitter sa maison : une volonté étrangère commande ses actes, jusqu’à l’obliger à aller cueillir et manger des fraises. Le 15 août, il comprend que sa cousine a été dominée de la même façon. Le 16 août, il réussit à s’échapper deux heures jusqu’à Rouen et emprunte à la bibliothèque un traité sur les êtres invisibles, mais, au lieu de se faire conduire à la gare, il crie malgré lui de rentrer à la maison. La nuit suivante, il voit une page du livre se tourner seule, se jette vers son fauteuil vide, et la présence semble s’enfuir par la fenêtre ; le 18 août, il décide de feindre l’obéissance.
19 août – 21 août 1 677 mots
Le 19 août, le narrateur lit dans une revue qu’une épidémie de folie frappe la province de San-Paulo, au Brésil, dont les habitants se disent possédés par des êtres invisibles qui boivent de l’eau et du lait. Il fait le lien avec le trois-mâts brésilien du 8 mai et croit entendre le nom de l’être, le Horla, nouveau maître venu après l’homme. Dans une seconde entrée datée du même jour, il raconte que, la veille au soir, il ne s’est pas vu dans son armoire à glace, puis que son reflet est revenu peu à peu à travers une sorte de brume. Le 21 août, il fait poser par un serrurier des persiennes et une porte de fer à sa chambre.
10 septembre 779 mots
Le narrateur écrit depuis un hôtel de Rouen. La veille, il a enfermé l’être invisible dans sa chambre aux persiennes de fer, puis a mis le feu à sa maison avec l’huile de ses lampes et s’est caché dans son jardin. Il avait oublié ses domestiques, pris dans l’incendie. Devant le brasier, il doute que le Horla puisse mourir ainsi et conclut qu’il va devoir se tuer lui-même.
Les passages clés
Le trois-mâts brésilien 8 mai
« Après deux goëlettes anglaises, dont le pavillon rouge ondoyait sur le ciel, venait un superbe trois-mâts brésilien, tout blanc, admirablement propre et luisant. Je le saluai, je ne sais pourquoi, tant ce navire me fit plaisir à voir. »
Un détail en apparence anodin, noté dans la première entrée du journal. Le 19 août, le narrateur y revient pour expliquer l’arrivée de l’être invisible : relu après coup, le passage montre que le récit prépare son explication dès la première page.
Le moine et le vent 2 juillet
« Est-ce que nous voyons la cent-millième partie de ce qui existe ? Tenez, voici le vent, qui est la plus grande force de la nature »
Au sommet du mont Saint-Michel, le moine répond au doute du narrateur par un argument simple : on ne voit pas le vent, et il existe. Le narrateur se rappelle ces paroles le 19 août et les cite de nouveau : elles fondent toute sa réflexion sur l’invisible.
Paris, la solitude 12 juillet
« Certes, la solitude est dangereuse pour les intelligences qui travaillent. Il nous faut, autour de nous, des hommes qui pensent et qui parlent. Quand nous sommes seuls longtemps, nous peuplons le vide de fantômes. »
À Paris, le narrateur donne lui-même une explication rationnelle de ses troubles. Le texte offre ainsi au lecteur des raisons de douter du surnaturel au moment même où il le raconte : c’est l’hésitation propre au récit fantastique.
La rose cueillie 6 août
« je vis, je vis distinctement, tout près de moi, la tige d’une de ces roses se plier, comme si une main invisible l’eût tordue, puis se casser comme si cette main l’eût cueillie ! »
Pour la première fois, le phénomène a lieu en plein soleil, hors du sommeil et de la nuit. La répétition de « je vis » insiste sur le témoignage, et les comparaisons en « comme si » donnent une forme à ce que personne ne voit : un passage utile pour étudier le vocabulaire de la perception.
Le miroir vide 19 août
« on y voyait comme en plein jour, et je ne me vis pas dans ma glace !… Elle était vide, claire, profonde, pleine de lumière ! »
Le seul moment où le narrateur pense avoir vu le Horla est une absence : son propre reflet disparaît puis revient peu à peu, « comme la fin d’une éclipse ». La scène se prête à un commentaire sur le regard, le double et la limite des sens.
La dernière phrase 10 septembre
« Non… non… sans aucun doute, sans aucun doute… il n’est pas mort… Alors… alors… il va donc falloir que je me tue, moi !… »
Le journal s’arrête sur une décision annoncée, jamais racontée. Les points de suspension, les répétitions et l’exclamation finale traduisent l’affolement ; le lecteur ne sait ni si le narrateur se tue, ni si le Horla existe.
Cinq questions pour vérifier sa lecture
Chaque réponse tient en un mot, et ce mot est dans le texte. C’est le format des points de contrôle de l’application Vread : une question précise sur un passage, que l’on réussit en ayant lu ce passage.
2 juin
Dans quelle forêt le narrateur se promène-t-il le 2 juin, avant de s’y croire suivi ?
La réponse et son passage
Roumare
« Tantôt, pour fatiguer mon corps, si las pourtant, j’allai faire un tour dans la forêt de Roumare. »
16 juillet
Quel est le nom de famille de la cousine que le docteur Parent endort par hypnose ?
La réponse et son passage
Sablé
« Je dînais chez ma cousine, Mme Sablé, dont le mari commande le 76e chasseurs à Limoges. »
21 juillet
Dans quelle île, près de Bougival, le narrateur juge-t-il absurde de croire au surnaturel ?
La réponse et son passage
Grenouillère
« Croire au surnaturel dans l’île de la Grenouillère, serait le comble de la folie… »
16 août
Quel est le nom de l’auteur du traité que le narrateur emprunte à la bibliothèque de Rouen ?
La réponse et son passage
Herestauss
« Je me suis fait arrêter devant la bibliothèque et j’ai prié qu’on me prêtât le grand traité du docteur Hermann Herestauss sur les habitants inconnus du monde antique et moderne. »
10 septembre
Dans quel massif d’arbustes le narrateur se cache-t-il pendant que sa maison brûle ?
La réponse et son passage
lauriers
« Et j’allai me cacher au fond de mon jardin, dans un massif de lauriers. »
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Le texte et ses droits
Guy de Maupassant est mort en 1893 : le texte est dans le domaine public. Édition suivie : Wikisource, d’après le recueil Le Horla, Paul Ollendorff, 1895 (version de 1887) (Transcription Wikisource, CC BY-SA 4.0). Les citations reprennent cette édition ; les références (parties, dates, paragraphes) suivent son découpage.
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