La Vénus d’Ille, de Prosper Mérimée

Guide de lecture : le texte partie par partie, les passages à connaître et cinq questions pour vérifier qu’on a lu.

Auteur
Prosper Mérimée (1803-1870)
Publication
1837
Genre
nouvelle fantastique
Longueur
10 336 mots, environ 45 minutes de lecture
Niveau
Collège, souvent étudié en 4e

Collège. Nouvelle fantastique souvent étudiée en 4e, en lecture intégrale.

La Vénus d’Ille est une nouvelle de Prosper Mérimée publiée en 1837 dans la Revue des Deux Mondes, puis reprise en volume. Mérimée est alors inspecteur général des Monuments historiques : comme son narrateur, il parcourt la France pour décrire ses vestiges antiques et médiévaux, et il connaît le Roussillon où se passe l’histoire. La nouvelle est racontée à la première personne par un savant parisien, invité chez un antiquaire de province qui vient de déterrer une statue de Vénus en bronze. Le texte s’ouvre sur une épigraphe grecque tirée du Philopseudès de Lucien, un dialogue sur les histoires de prodiges. Il se lit en deux heures environ.

Le découpage proposé ici en cinq parties suit le calendrier du récit : l’arrivée, la première soirée, la découverte de la statue, le jour des noces, la nuit et l’enquête. En lisant, relevez les deux séries d’indices que Mérimée place côte à côte : ceux qui accusent la statue (les accidents, le doigt replié, les pas lourds) et ceux qui permettent une explication rationnelle (l’ivresse d’Alphonse, la menace de l’Aragonais). Le récit ne tranche jamais, et cette hésitation est au centre de l’étude du fantastique.

Avant de lire

  • La nouvelle n’a pas de chapitres : le découpage en cinq parties est celui de ce guide, avec les numéros de paragraphes pour se repérer dans le texte.
  • Les discussions savantes de la troisième partie (latin, étymologies) peuvent ralentir la lecture. Il n’est pas nécessaire de tout comprendre, mais retenez que les inscriptions parlent d’amour et de danger.
  • Notez les heures et les bruits dans la cinquième partie : le récit de la nuit repose sur ce que le narrateur entend, pas sur ce qu’il voit.
  • Relisez le post-scriptum à la fin : il ajoute un dernier fait étrange, sans l’expliquer.

Les personnages

Le narrateur
savant parisien, amateur de monuments, témoin sceptique des événements
M. de Peyrehorade
antiquaire d’Ille, propriétaire de la statue, passionné par ses inscriptions
Madame de Peyrehorade
sa femme, maîtresse de maison pieuse qui se méfie de l’idole
Alphonse de Peyrehorade
leur fils, champion de paume, qui épouse mademoiselle de Puygarrig
Mademoiselle de Puygarrig
jeune fiancée riche, puis veuve d’Alphonse
L'Aragonais
muletier espagnol battu à la paume par Alphonse
La Vénus
statue de bronze déterrée dans la propriété, au visage méchant

Le texte partie par partie

Ces résumés servent à se repérer pendant la lecture ou à retrouver un passage. Ils ne remplacent pas le texte : les questions plus bas portent sur des détails qu’ils ne donnent pas.

Partie 1 (§ 1 à 28) 1 015 mots

Le narrateur, un savant parisien qui visite le Roussillon, descend du Canigou vers la petite ville d’Ille avec un guide catalan. Il est recommandé par un ami à M. de Peyrehorade, antiquaire de la ville, dont le fils va bientôt épouser une jeune fille riche, mademoiselle de Puygarrig. Le guide raconte qu’il a déterré quinze jours plus tôt, avec un autre ouvrier, une grande statue de femme en métal sombre que les gens du pays appellent l’idole. Selon lui, elle a un air méchant : en la redressant, ils l’ont laissée retomber et elle a cassé la jambe de son camarade Jean Coll.

Partie 2 (§ 29 à 62) 1 936 mots

À Ille, le narrateur est reçu à souper par M. de Peyrehorade, vieillard vif et bavard, par sa femme, qui le gave de plats, et par leur fils Alphonse, vingt-six ans, grand joueur de paume, élégant mais raide et peu loquace. L’antiquaire promet de lui montrer sa statue, une Vénus selon lui, et parle d’inscriptions qu’il a étudiées ; sa femme, qui voulait la faire fondre pour l’église, la juge malfaisante. Le mariage doit avoir lieu le surlendemain. De la fenêtre de sa chambre, la nuit, le narrateur voit la statue au bord du jeu de paume : deux apprentis l’insultent, l’un lui lance une pierre et la reçoit en retour sur la tête.

Partie 3 (§ 63 à 128) 2 982 mots

Le lendemain matin, le narrateur découvre la statue : une Vénus de bronze d’une grande beauté, aux yeux incrustés d’argent, dont le visage exprime la méchanceté et l’ironie. M. de Peyrehorade lui fait lire une inscription latine sur le socle et une autre sur le bras, qu’il interprète à sa façon par une étymologie fantaisiste ; le narrateur, lui, imagine une offrande d’amant malheureux. Alphonse montre la bague de diamants, ancien bijou de famille, qu’il donnera à sa fiancée. Ce jour-là, au dîner chez les Puygarrig, le narrateur trouve la future mariée charmante et regrette qu’elle épouse un homme surtout intéressé par sa dot. Il apprend que le mariage aura lieu un vendredi, jour choisi par M. de Peyrehorade en l’honneur de Vénus.

Partie 4 (§ 129 à 193) 2 167 mots

Le matin des noces, Alphonse se joint à une partie de paume contre des muletiers espagnols. Gêné par sa bague, il la passe au doigt de la Vénus, gagne la partie et humilie le meilleur joueur adverse, un Aragonais, qui murmure une menace. Arrivé à Puygarrig, Alphonse s’aperçoit qu’il a oublié la bague et marie sa fiancée avec un autre anneau. Au souper de noces à Ille, M. de Peyrehorade chante des vers sur les deux Vénus de la maison, et Alphonse, pâle, boit beaucoup. Il confie au narrateur qu’il n’a pas pu reprendre sa bague, car la statue aurait replié le doigt. Le narrateur le croit ivre, mais accepte d’aller voir.

Partie 5 (§ 194 à 223) 2 236 mots

Sous la pluie, le narrateur renonce à aller voir la statue et monte se coucher ; la nuit, puis à l’aube, il entend des pas lourds dans l’escalier. Au matin, Alphonse est retrouvé mort dans la chambre nuptiale, la poitrine marquée comme par une étreinte de fer, la bague tombée sur le tapis ; la mariée est en proie à des convulsions. Le narrateur soupçonne l’Aragonais, mais celui-ci est relâché. La jeune veuve raconte au procureur du roi qu’une statue verdâtre s’est couchée près d’elle puis a serré son mari dans ses bras, et on la croit folle. Le narrateur quitte Ille ; M. de Peyrehorade meurt quelques mois plus tard, et un post-scriptum apprend que sa veuve a fait fondre la statue en cloche.

Les passages clés

Le regard de l’idole Partie 1 (§ 1 à 28)

« Elle vous fixe avec ses grands yeux blancs… On dirait qu’elle vous dévisage. On baisse les yeux, oui, en la regardant. »

Le guide décrit la statue avant que le narrateur ne la voie. Le lecteur découvre la Vénus par la parole d’un homme du peuple, superstitieux, ce qui installe le doute dès les premières pages.

La pierre renvoyée Partie 2 (§ 29 à 62)

« Et mes deux polissons prirent la fuite à toutes jambes. Il était évident que la pierre avait rebondi sur le métal, et avait puni ce drôle de l’outrage qu’il faisait à la déesse. »

L’apprenti croit que la statue lui a rejeté la pierre ; le narrateur donne aussitôt une explication physique. Ce double regard, surnaturel et rationnel, revient à chaque étape de la nouvelle.

Un visage cruel Partie 3 (§ 63 à 128)

« Dédain, ironie, cruauté, se lisaient sur ce visage d’une incroyable beauté cependant. »

Le portrait de la Vénus associe beauté et méchanceté. L’énumération de trois noms abstraits et le mot « cependant » placé en fin de phrase soulignent ce contraste, qui fait de la statue une sorte de personnage.

La bague au doigt de la statue Partie 4 (§ 129 à 193)

« Il ôta, non sans peine, sa bague de diamants : je m’approchais pour la recevoir ; mais il me prévint, courut à la Vénus, lui passa la bague au doigt annulaire, et reprit son poste à la tête des Illois. »

Geste rapide et sans réflexion, que le narrateur rapporte sans commentaire. Il prend tout son sens plus tard : Alphonse a passé à la statue l’anneau destiné à sa femme.

Le doigt replié Partie 4 (§ 129 à 193)

« Le doigt de la Vénus est retiré, reployé ; elle serre la main, m’entendez-vous ?… C’est ma femme, apparemment, puisque je lui ai donné mon anneau… Elle ne veut plus le rendre. »

Le récit d’Alphonse, haché par les points de suspension, mêle peur et ivresse. Le lecteur ne sait pas s’il faut le croire, et le narrateur lui-même hésite avant de conclure à l’ivresse.

Le témoignage de la mariée Partie 5 (§ 194 à 223)

« et vit, dit-elle, son mari à genoux auprès du lit, la tête à la hauteur de l’oreiller, entre les bras d’une espèce de géant verdâtre qui l’étreignait avec force. »

La scène du meurtre n’est connue que par un témoignage rapporté, celui d’une femme que le procureur juge folle. Ce récit enchâssé, à deux degrés de distance, garde l’explication surnaturelle possible sans jamais la confirmer.

Cinq questions pour vérifier sa lecture

Chaque réponse tient en un mot, et ce mot est dans le texte. C’est le format des points de contrôle de l’application Vread : une question précise sur un passage, que l’on réussit en ayant lu ce passage.

  1. Partie 1 (§ 1 à 28)

    Au pied de quel arbre les ouvriers ont-ils découvert la statue en creusant ?

    La réponse et son passage

    olivier

    « C’est bien avant dans la terre, au pied d’un olivier, que nous l’avons eue. »

  2. Partie 2 (§ 29 à 62)

    Quel outil un certain Étienne a-t-il cassé en essayant d’entamer la statue ?

    La réponse et son passage

    lime

    « Elle est de cuivre, et si dure qu’Étienne a cassé sa lime dessus, essayant de l’entamer. »

  3. Partie 3 (§ 63 à 128)

    Quel village voisin l’antiquaire croit-il reconnaître dans l’inscription gravée sur le bras de la statue ?

    La réponse et son passage

    Boulternère

    « il y a un village qui s’appelle Boulternère. C’est une corruption du mot latin TVRBVLNERA. »

  4. Partie 4 (§ 129 à 193)

    De quel vin, presque aussi fort que l’eau-de-vie, Alphonse boit-il sans arrêt au souper ?

    La réponse et son passage

    Collioure

    « Il buvait à chaque instant du vieux vin de Collioure presque aussi fort que de l’eau-de-vie. »

  5. Partie 5 (§ 194 à 223)

    Dans quelle ville, d’après le narrateur, des braves assommaient leurs victimes avec des sacs de cuir pleins de sable ?

    La réponse et son passage

    Valence

    « qu’à Valence des braves se servaient de longs sacs de cuir remplis de sable fin pour assommer les gens dont on leur avait payé la mort. »

Questions vérifiées le 16/10/2026 avec le moteur de lecture de READ FRANCE : forme de la question, réponse présente dans la partie citée, aucun doublon, et un lecteur qui n’avait que les résumés de cette page n’a trouvé aucune des cinq réponses.

Le texte et ses droits

Prosper Mérimée est mort en 1870 : le texte est dans le domaine public. Édition suivie : Wikisource, d’après Colomba et autres contes et nouvelles, Charpentier, 1845 (Transcription Wikisource, CC BY-SA 4.0). Les citations reprennent cette édition ; les références (parties, dates, paragraphes) suivent son découpage.

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