L'Avare, de Molière

Guide de lecture : le texte acte par acte, les passages à connaître et cinq questions pour vérifier qu’on a lu.

Auteur
Molière (1622-1673)
Publication
1668
Genre
comédie en cinq actes et en prose
Longueur
21 201 mots, environ 1,5 h de lecture
Niveau
5e

Collège. Au collège, L’Avare répond à l’entrée de 5e « Avec autrui : familles, amis, réseaux » du programme de cycle 4 de 2015, qui prévoit l’étude d’une comédie du XVIIe siècle en lecture intégrale. Depuis la rentrée 2026, la 5e suit le nouveau programme de cycle 4 (arrêté du 18 février 2026, BO n° 10 du 5 mars 2026), dont l’entrée théâtrale s’intitule « Expérimenter et jouer au théâtre : la société sens dessus dessous (théâtre) » et porte sur la dynamique du comique. Aucun de ces textes n’impose une œuvre précise.

L’Avare est une comédie en cinq actes et en prose de Molière, jouée pour la première fois le 9 septembre 1668. Molière y reprend une situation de La Marmite (Aulularia) de Plaute, un vieil avare dont on vole le trésor et dont on courtise la fille, et quelques répliques, comme le moment où Harpagon prend le public à témoin. Selon Voltaire, cité dans la notice de l’édition Louandre, le choix de la prose aurait d’abord nui au succès de la pièce. Harpagon, vieil homme riche et usurier, veut épouser une jeune fille que son fils aime, et marier sa propre fille sans dot. La pièce mêle ainsi une comédie de caractère, centrée sur un vice, et une intrigue d’amours contrariées qui se dénoue par une reconnaissance.

Pour l’étude de la comédie au collège, observez les différentes formes du comique : les gestes (la fouille de La Flèche, les coups de bâton), les mots répétés (sans dot), les quiproquos, et le caractère d’Harpagon, que son avarice rend aveugle à tout le reste. Notez aussi comment les relations familiales sont renversées : le père rivalise avec son fils, les enfants mentent et se révoltent, les domestiques mènent le jeu. La fin heureuse est due au hasard, et Harpagon, lui, ne change pas.

Avant de lire

  • La pièce est en prose et se lit en une heure et demie à deux heures. Les actes I et III sont les plus longs ; l’acte IV, plus court, contient le monologue le plus célèbre.
  • Repérez les indications « à part » et « bas » : les personnages disent souvent le contraire de ce qu’ils pensent, et le public est dans la confidence.
  • L’orthographe suit une édition ancienne (connoître, je voudrois, étoit) : lisez « oi » comme « ai ». Quelques mots ont changé de sens : un ladre est un avare, un fesse-matthieu un usurier, une cassette un petit coffre.
  • Suivez l’argent à la trace : les dix mille écus du jardin, l’emprunt de Cléante, le diamant, la dot de Mariane, puis le vol. Chaque somme fait avancer l’intrigue.

Les personnages

Harpagon
Père de Cléante et d’Élise, riche et avare, qui prête à usure et veut épouser Mariane.
Cléante
Fils d’Harpagon, amoureux de Mariane, réduit à emprunter pour vivre.
Élise
Fille d’Harpagon, secrètement engagée à Valère.
Valère
Amoureux d’Élise, entré au service d’Harpagon pour être près d’elle.
Mariane
Jeune fille sans fortune, aimée de Cléante et demandée en mariage par Harpagon.
Anselme
Gentilhomme riche et posé, à qui Harpagon veut marier Élise.
Frosine
Femme d’intrigue, qui arrange les mariages contre rémunération.
Maître Jacques
Cuisinier et cocher d’Harpagon, franc et rancunier.
La Flèche
Valet de Cléante, chassé par Harpagon.
Maître Simon
Courtier qui sert d’intermédiaire pour l’emprunt de Cléante.
Dame Claude, Brindavoine et La Merluche
Servante et laquais d’Harpagon.
Le Commissaire
Officier de justice chargé de l’enquête sur le vol.

Le texte acte par acte

Ces résumés servent à se repérer pendant la lecture ou à retrouver un passage. Ils ne remplacent pas le texte : les questions plus bas portent sur des détails qu’ils ne donnent pas.

Acte I 5 422 mots

Élise et Valère se sont promis l’un à l’autre : Valère, qui a sauvé Élise de la noyade, s’est fait engager chez son père, Harpagon, et le flatte pour gagner sa confiance. Cléante confie à sa sœur qu’il aime Mariane, une jeune fille sans fortune, et se plaint de l’avarice de leur père. Harpagon chasse La Flèche, le valet de Cléante, qu’il soupçonne de l’espionner, puis, se croyant seul, laisse échapper qu’il a enterré dix mille écus ; ses enfants l’ont peut-être entendu. Il leur annonce qu’il veut épouser lui-même Mariane, qu’il destine Cléante à une veuve et Élise au seigneur Anselme, qui accepte de la prendre sans dot. Choisi comme juge, Valère feint de donner raison à Harpagon devant Élise.

Acte II 4 167 mots

Cléante cherche à emprunter quinze mille francs par l’intermédiaire de maître Simon ; La Flèche lui lit les conditions du prêteur, qui reste anonyme : un intérêt usuraire et une partie de la somme payée en vieux objets. Quand prêteur et emprunteur se trouvent face à face, Cléante découvre que l’usurier est son père, et les deux hommes s’accusent l’un l’autre. Frosine, femme d’intrigue, flatte Harpagon sur sa jeunesse et lui assure que Mariane n’aime que les vieillards ; elle a obtenu que la jeune fille vienne le soir assister au contrat d’Élise. Harpagon esquive toutes ses demandes d’argent, et Frosine le quitte en se promettant de chercher son profit dans l’autre camp.

Acte III 4 376 mots

Harpagon distribue à ses domestiques ses ordres pour le souper du soir, en recommandant partout l’économie. Maître Jacques, à la fois cuisinier et cocher, se heurte à Valère, qui prône un repas frugal ; pour avoir répété franchement ce qu’on dit de l’avarice de son maître, il est battu par Harpagon, puis par Valère. Mariane arrive avec Frosine, découvre Harpagon avec effroi, puis reconnaît en Cléante le jeune homme qui lui rendait visite. Cléante lui fait, au nom de son père, une déclaration qui est en réalité la sienne, lui offre une collation aux frais d’Harpagon et lui fait accepter le diamant que son père porte au doigt.

Acte IV 3 199 mots

Cléante, Mariane et Élise demandent l’aide de Frosine, qui imagine de faire passer une de ses amies pour une riche marquise éprise d’Harpagon. Harpagon, qui a surpris son fils baisant la main de Mariane, feint de vouloir la lui céder pour lui faire avouer son amour, puis le lui interdit. Maître Jacques, pris pour arbitre, fait croire à chacun que l’autre renonce ; le malentendu éclate aussitôt, et Harpagon maudit et déshérite son fils. La Flèche apporte alors à Cléante la cassette qu’il a dérobée dans le jardin, et Harpagon, découvrant le vol, crie au voleur dans un long monologue.

Acte V 4 037 mots

Harpagon porte plainte auprès d’un commissaire. Pour se venger de Valère, maître Jacques l’accuse du vol ; Valère, persuadé qu’on a découvert son engagement avec Élise, avoue une faute qui n’est pas celle dont on l’accuse, et le quiproquo révèle à Harpagon la promesse de mariage. Arrivé pour le contrat, Anselme entend Valère raconter qu’il est le fils d’un noble napolitain disparu dans un naufrage ; Mariane reconnaît en lui son frère, et Anselme se découvre leur père. Cléante promet de rendre la cassette si son père le laisse épouser Mariane ; Anselme accepte de payer les deux mariages, et Harpagon ne pense plus qu’à revoir sa cassette.

Les passages clés

Sans dot ! Acte I, scène 7

« Il est vrai ; cela ferme la bouche à tout. Sans dot ! Le moyen de résister à une raison comme celle-là ? »

Valère fait semblant d’approuver Harpagon tout en glissant les objections d’Élise. Chaque fois, Harpagon répond par les deux mêmes mots, qui deviennent un refrain. Le comique de répétition montre une idée fixe : l’argent tient lieu de tout argument.

Le portrait de l’avare Acte II, scène 5

« Le seigneur Harpagon est, de tous les humains, l’humain le moins humain, le mortel de tous les mortels le plus dur et le plus serré. »

La Flèche décrit son ennemi à Frosine. Le jeu sur les mêmes mots (humains, humain, humain) produit une formule frappante, et la suite du portrait culmine dans une trouvaille : Harpagon ne donne pas le bonjour, il le prête. Bon passage pour étudier un portrait en l’absence du personnage.

Manger pour vivre Acte III, scène 5

« Voilà la plus belle sentence que j’aie entendue de ma vie : Il faut vivre pour manger, et non pas manger pour vi… Non, ce n’est pas cela. »

Valère vient de citer une maxime de frugalité, et Harpagon, enthousiaste, la répète à l’envers. L’erreur d’Harpagon renverse le chiasme de Valère et fait rire de l’avare qui adopte une morale sans la comprendre. Il veut d’ailleurs la faire graver en lettres d’or.

Le diamant Acte III, scène 12

« Non, madame, il est en de trop belles mains. C’est un présent que mon père vous fait. »

Cléante ôte la bague du doigt de son père et l’offre à Mariane en son nom. Harpagon ne peut protester devant la jeune fille et enrage en aparté. Le comique naît du décalage entre ce qui se dit à voix haute et ce qui se dit bas.

Au voleur ! Acte IV, scène 7

« Au voleur ! au voleur ! à l’assassin ! au meurtrier ! Justice, juste ciel ! Je suis perdu, je suis assassiné ; on m’a coupé la gorge : on m’a dérobé mon argent. »

Début du monologue d’Harpagon après le vol. Les exclamations et la gradation (perdu, assassiné, gorge coupée) traitent la perte de l’argent comme une mort. Plus loin, Harpagon se saisit lui-même par le bras et interpelle les spectateurs : un sommet de la pièce, à la limite du comique et du pathétique.

Les beaux yeux de ma cassette Acte V, scène 3

« Les beaux yeux de ma cassette ! Il parle d’elle comme un amant d’une maîtresse. »

Valère croit parler d’Élise, Harpagon croit qu’il parle de sa cassette. Le quiproquo tient au pronom « elle », que chacun rapporte à un objet différent. La scène pousse à l’extrême la confusion entre l’amour et l’argent qui traverse toute la pièce.

Cinq questions pour vérifier sa lecture

Chaque réponse tient en un mot, et ce mot est dans le texte. C’est le format des points de contrôle de l’application Vread : une question précise sur un passage, que l’on réussit en ayant lu ce passage.

  1. Acte I, scène 6

    Selon Harpagon, combien d’années au plus a le seigneur Anselme qu’il destine à Élise ?

    La réponse et son passage

    cinquante

    « Oui, Un homme mûr, prudent et sage, qui n’a pas plus de cinquante ans, et dont on vante les grands biens. »

  2. Acte II, scène 1

    Quel animal, rempli de foin, figure dans le mémoire des objets que l’emprunteur devra accepter ?

    La réponse et son passage

    lézard

    « Plus, une peau d’un lézard de trois pieds et demi, remplie de foin »

  3. Acte III, scène 5

    Quel voisin Valère propose-t-il pour conduire les chevaux à la foire à la place de maître Jacques ?

    La réponse et son passage

    Picard

    « Monsieur, j’obligerai le voisin Picard à se charger de les conduire ; »

  4. Acte IV, scène 4

    Au lieu d’une récompense, que tire Harpagon de sa poche après l’arbitrage de maître Jacques ?

    La réponse et son passage

    mouchoir

    « mais Harpagon ne tire que son mouchoir, en disant : »

  5. Acte V, scène 5

    Quel nom de famille porte le noble napolitain dont Valère affirme être le fils ?

    La réponse et son passage

    Alburci

    « Je ne suis point homme à rien craindre ; et si Naples vous est connu, vous savez qui était don Thomas d’Alburci. »

Questions vérifiées le 16/10/2026 avec le moteur de lecture de READ FRANCE : forme de la question, réponse présente dans la partie citée, aucun doublon, et un lecteur qui n’avait que les résumés de cette page n’a trouvé aucune des cinq réponses.

Le texte et ses droits

Molière est mort en 1673 : le texte est dans le domaine public. Édition suivie : Wikisource, d'après Œuvres complètes de Molière, édition Charles Louandre, Charpentier, 1910, tome III (Transcription Wikisource, CC BY-SA 4.0). Les citations reprennent cette édition ; les références (actes, dates, paragraphes) suivent son découpage.

D’autres classiques du collège