Le Menteur, de Pierre Corneille
Guide de lecture : le texte acte par acte, les passages à connaître et cinq questions pour vérifier qu’on a lu.
- Auteur
- Pierre Corneille (1606-1684)
- Publication
- 1644
- Genre
- comédie
- Longueur
- 16 276 mots, environ 1 h de lecture
- Niveau
- Première, voies générale et technologique
Bac de français, épreuve anticipée de juin 2027. Œuvre au programme de l’épreuve anticipée de français de juin 2027 (session 2028), en voie générale et en voie technologique, pour l’objet d’étude consacré au théâtre. Source : note de service MENE2518792N du 4 juillet 2025, BO n° 30 du 24 juillet 2025.
Le Menteur est une comédie en cinq actes et en vers de Pierre Corneille, jouée au théâtre du Marais et publiée à Paris en 1644. Dans l’épître qui ouvre la pièce, Corneille explique qu’il l’a écrite le même hiver que La Mort de Pompée, pour répondre au public qui lui demandait quelque chose de plus enjoué que ses tragédies. Il y reconnaît aussi sa source : une comédie espagnole, La Verdad sospechosa, qu’il attribuait alors à Lope de Vega ; vers 1660, dans l’Examen de la pièce, il signale qu’un volume de Juan Ruiz de Alarcón la revendique. Corneille transporte l’intrigue à Paris, aux Tuileries et autour de la place Royale, et remplace les récits du Pérou par des exploits dans les guerres d’Allemagne. L’action dure un peu plus d’une journée.
Pour l’objet d’étude sur le théâtre, suivez Dorante comme un auteur et un acteur à l’intérieur de la pièce : chacun de ses mensonges est un récit qui a son public (Alcippe, Géronte, Clarice) et un spectateur critique, Cliton, qui commente en aparté. Notez pour chaque invention ce qui la déclenche, qui la croit et qui la démasque. Observez aussi le quiproquo sur les noms de Clarice et de Lucrèce, qui court de la première scène au dénouement : il naît d’une simple erreur de Dorante sur un nom, et le menteur se trouve ainsi pris à son propre jeu.
Avant de lire
- Le texte suit l’orthographe des éditions anciennes (connoître, étoit, j’avois) : lisez « oi » comme « ai », le reste ne pose pas de difficulté.
- Dès l’acte I, Dorante prend Clarice pour Lucrèce. Notez en marge, à chaque scène, qui parle à qui et sous quel nom : c’est la clé des actes III et V.
- Tenez une liste des mensonges de Dorante (la guerre, la fête, le mariage, le duel, le remède) avec, pour chacun, la personne trompée et le moment où il est démasqué.
- Comptez un peu moins de deux heures pour lire la pièce en entier. Lisez à voix haute les échanges rapides des actes II et V, où les répliques se partagent un même vers.
Les personnages
- Dorante
- Fils de Géronte, jeune homme qui arrive à Paris et ment avec aplomb, par intérêt autant que par plaisir.
- Cliton
- Valet de Dorante, témoin de ses inventions, qu’il commente en aparté.
- Géronte
- Père de Dorante, qui veut marier son fils à Clarice et croit d’abord tout ce qu’il lui raconte.
- Clarice
- Jeune femme promise à Alcippe, que Géronte destine à Dorante ; c’est elle que Dorante aborde aux Tuileries.
- Lucrèce
- Amie de Clarice, qui prête son nom et sa fenêtre à la ruse de son amie.
- Alcippe
- Ami de Dorante et amant jaloux de Clarice.
- Philiste
- Ami de Dorante et d’Alcippe, qui démêle le vrai du faux.
- Isabelle
- Suivante de Clarice, qui imagine la ruse de la fenêtre.
- Sabine
- Femme de chambre de Lucrèce, qui accepte volontiers l’argent de Dorante.
Le texte acte par acte
Ces résumés servent à se repérer pendant la lecture ou à retrouver un passage. Ils ne remplacent pas le texte : les questions plus bas portent sur des détails qu’ils ne donnent pas.
Acte I 3 384 mots
Aux Tuileries, Dorante, qui vient de quitter ses études de droit pour une vie de cavalier, demande à son valet Cliton comment on plaît aux dames de Paris. Clarice trébuche devant lui ; il lui donne la main et se fait passer pour un officier revenu des guerres d’Allemagne, malgré les protestations de Cliton. Le cocher de ces dames apprend à Cliton que la plus belle des deux s’appelle Lucrèce, et Dorante en conclut que c’est celle qui lui a parlé. Il retrouve ensuite ses amis Alcippe et Philiste, qui évoquent une fête donnée la veille au soir sur l’eau, et prétend l’avoir offerte lui-même à sa maîtresse ; Alcippe part malade de jalousie. Seul avec Cliton, Dorante explique le plaisir qu’il prend à inventer des histoires.
Acte II 3 141 mots
Géronte, père de Dorante, propose à Clarice de lui montrer son fils sous ses fenêtres avant de le lui donner pour époux. Clarice, promise à Alcippe dont le père tarde depuis plus de deux ans à venir conclure, accepte l’idée de sa suivante Isabelle : faire écrire Lucrèce à Dorante pour lui parler la nuit à une fenêtre, sous le nom de son amie. Alcippe accuse Clarice d’avoir passé la nuit à la fête de Dorante et sort décidé à se venger. Quand Géronte annonce à son fils le mariage prévu avec Clarice, Dorante, qui croit aimer Lucrèce, invente un long récit : surpris la nuit chez une jeune fille de Poitiers, il aurait été forcé de l’épouser. Géronte pardonne et part se dégager auprès du père de Clarice ; Dorante reçoit ensuite un billet de Lucrèce, qui lui donne rendez-vous la nuit, puis un billet d’Alcippe, qui le provoque.
Acte III 3 190 mots
Philiste vient de séparer Dorante et Alcippe, qui se battaient. Dorante assure à Alcippe que la dame de la fête est une femme mariée, et les deux amis se réconcilient. Philiste apprend ensuite à Alcippe que son page s’est trompé de dames et que Dorante, rentré la veille de Poitiers, a dormi chez lui : la fête n’a jamais eu lieu. La nuit venue, Clarice parle à Dorante depuis la fenêtre de Lucrèce en se faisant passer pour elle, et lui reproche ses mensonges. Dorante avoue avoir inventé son mariage pour rester libre d’aimer celle qu’il prend pour Lucrèce, et dit n’avoir que mépris pour Clarice, qui le renvoie.
Acte IV 3 190 mots
Au matin, devant la maison de Lucrèce, Dorante raconte à Cliton qu’il a laissé Alcippe pour mort dans un duel. Alcippe arrive aussitôt, en pleine santé, pour annoncer que son père est arrivé et que son mariage avec Clarice va être signé ; Dorante explique cette guérison par un remède miraculeux. Géronte veut faire venir à Paris l’épouse de son fils ; Dorante la dit enceinte, puis, pressé de nommer son beau-père, donne un autre nom que la veille et se tire d’affaire par une nouvelle invention. Il paie Sabine, la femme de chambre de Lucrèce, pour qu’elle remette une lettre à sa maîtresse. Lucrèce, qui se méfie de Dorante mais s’intéresse à lui, lit la lettre et demande à Sabine de dire qu’elle l’a déchirée.
Acte V 3 371 mots
Géronte interroge Philiste, qui a étudié à Poitiers, sur la famille de sa prétendue belle-fille : personne là-bas ne porte ces noms, et Philiste laisse entendre que Dorante a tout inventé. Géronte reproche durement à son fils un mensonge indigne d’un gentilhomme ; Dorante avoue alors qu’il aime Lucrèce, et son père accepte d’aller la demander pour lui, en jurant de le punir s’il ment encore. Pendant une scène avec les deux jeunes femmes, Dorante comprend enfin que la voix de la fenêtre était celle de Clarice : il se tourne aussitôt vers Lucrèce, lui jure qu’il n’aime qu’elle et prétend avoir tout deviné. Les familles s’accordent : Clarice épousera Alcippe et Lucrèce est promise à Dorante.
Les passages clés
La méthode de Dorante Acte I, scène 6
« Tout le secret ne gît qu’en un peu de grimace, À mentir à propos, jurer de bonne grâce, Étaler force mots qu’elles n’entendent pas, Faire sonner Lamboy, Jean de Vert, et Galas, »
Dorante explique à Cliton comment se faire valoir auprès des dames : il suffit de parler en soldat. L’énumération de noms de généraux de la guerre de Trente Ans et, dans les vers suivants, de termes de fortification montre un langage qui produit de l’effet sans rien prouver. Le mensonge est présenté ici comme une technique, presque un art de comédien.
Le faux mariage de Poitiers Acte II, scène 5
« Je la lui donne en main ; mais, voyez ma disgrâce, Avec mon pistolet le cordon s’embarrasse, Fait marcher le déclin : le feu prend, le coup part ; Jugez de notre trouble à ce triste hasard. »
Pour échapper au mariage avec Clarice, Dorante improvise devant son père un récit plein de détails concrets (une montre, un pistolet, une date précise), qui rendent l’histoire crédible. Le vers coupé en brèves propositions imite la rapidité de l’accident. Récit enchâssé, public conquis : Géronte pardonne tout.
La vérité suspecte Acte III, scène 6
« Quand un menteur la dit, En passant par sa bouche, elle perd son crédit. »
Dorante vient d’être éconduit alors qu’il était sincère sur son amour. La maxime de Cliton résume la sanction du menteur : on ne le croit plus, même quand il dit vrai. C’est l’idée du titre espagnol que Corneille a suivi, La Verdad sospechosa.
Deux noms pour un beau-père Acte IV, scène 4
« Oui, c’est là son nom propre, et l’autre d’une terre ; Il portoit ce dernier quand il fut à la guerre, Et se sert si souvent de l’un et l’autre nom, Que tantôt c’est Pyrandre, et tantôt Armédon. »
Géronte remarque que son fils ne donne pas le même nom que la veille. Dorante se rattrape en invoquant l’usage des nobles de porter le nom d’une terre, et son père s’en contente. Cliton tire la leçon à la scène suivante : il faut bonne mémoire après qu’on a menti.
La colère du père Acte V, scène 3
« Qui se dit gentilhomme, et ment comme tu fais, Il ment quand il le dit, et ne le fut jamais. Est-il vice plus bas, est-il tache plus noire, Plus indigne d’un homme élevé pour la gloire ? »
Géronte, détrompé par Philiste, ouvre la scène par une question sèche à son fils sur sa noblesse. Sa tirade emprunte le vocabulaire de la tragédie (honneur, gloire, sang) : mentir revient à perdre sa noblesse. Le passage montre comment la comédie peut accueillir un registre grave, avant que Dorante ne retombe dans ses détours.
La dernière réplique de Cliton Acte V, scène 7
« Comme en sa propre fourbe un menteur s’embarrasse ! Peu sauroient comme lui s’en tirer avec grâce. Vous autres qui doutiez s’il en pourroit sortir, Par un si rare exemple apprenez à mentir. »
Resté seul, Cliton s’adresse au public. Le menteur n’est pas puni : il obtient un mariage et garde l’admiration de son valet. La dernière formule renverse ironiquement la morale attendue, ce qui en fait un bon sujet de discussion sur le dénouement.
Cinq questions pour vérifier sa lecture
Chaque réponse tient en un mot, et ce mot est dans le texte. C’est le format des points de contrôle de l’application Vread : une question précise sur un passage, que l’on réussit en ayant lu ce passage.
Acte I, scène 5
Dans le récit de la fête sur l’eau, quels instruments jouaient sur le premier bateau ?
La réponse et son passage
violons
« Au premier, violons ; en l’autre, luths et voix ; »
Acte II, scène 5
Quel prénom Dorante donne-t-il à la jeune femme qu’il prétend avoir épousée en secret ?
La réponse et son passage
Orphise
« Orphise, et son père, Armédon. »
Acte III, scène 5
Pour prouver qu’il connaît la famille de celle qu’il croit être Lucrèce, quel nom de père Dorante cite-t-il ?
La réponse et son passage
Périandre
« Périandre est le nom de Monsieur votre père ; »
Acte IV, scène 3
En quelle langue seraient, selon Dorante, les mots secrets du remède qui a guéri Alcippe ?
La réponse et son passage
hébreu
« L’hébreu ? parfaitement : »
Acte V, scène 6
Après la Turquie, quelle ville Dorante nomme-t-il comme lieu où il se marierait plutôt qu’avec une autre femme ?
La réponse et son passage
Alger
« Je serai marié, si l’on veut, en Alger. »
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Le texte et ses droits
Pierre Corneille est mort en 1684 : le texte est dans le domaine public. Édition suivie : Wikisource, d'après Œuvres de P. Corneille, édition Ch. Marty-Laveaux, Hachette, 1862, tome IV (Transcription Wikisource, CC BY-SA 4.0). Les citations reprennent cette édition ; les références (actes, dates, paragraphes) suivent son découpage.
Les autres œuvres du programme
- Pot-Bouille, Émile Zola
- Thérèse Raquin, Émile Zola
- Discours de la servitude volontaire, Étienne de La Boétie
- Entretiens sur la pluralité des mondes, Bernard Le Bouyer de Fontenelle
- Lettres d’une Péruvienne, Françoise de Graffigny
- On ne badine pas avec l'amour, Alfred de Musset
- Cahier de Douai, Arthur Rimbaud