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Civiclasse

Série gratuite « Qu’est-ce qu’une nation ? » d’Ernest Renan

La série complète, telle qu’elle s’imprime depuis l’espace formateur : texte, vocabulaire, 10 questions, grille de réponses et corrigé.

version bêta — relecture experte en cours Libre d’usage en classe. Le texte de Renan est dans le domaine public ; questions et corrigé © READ FRANCE SAS.

Le module Lecture B2

Civiclasse · Lecture B2 · série 1 · compréhension écrite · version bêta

Qu’est-ce qu’une nation ?

Ernest Renan (1823-1892) · Conférence (extrait) · 1882 · 548 mots

Nom : ______________________   Prénom : ______________________

Ernest Renan, historien et philosophe, prononce cette conférence à la Sorbonne le 11 mars 1882. Dans les parties précédentes, il a examiné les critères qui, selon lui, ne suffisent pas à faire une nation. Dans cet extrait, il propose sa propre définition.

Lisez le texte, puis répondez aux 10 questions : une seule bonne réponse par question. Durée conseillée : 30 minutes. Les numéros en marge repèrent les paragraphes.

1Nous venons de voir ce qui ne suffit pas à créer un tel principe spirituel : la race, la langue, les intérêts, l’affinité religieuse, la géographie, les nécessités militaires. Que faut-il donc en plus ? Par suite de ce qui a été dit antérieurement, je n’aurai pas désormais à retenir bien longtemps votre attention.

2Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. L’homme, messieurs, ne s’improvise pas. La nation, comme l’individu, est l’aboutissant d’un long passé d’efforts, de sacrifices et de dévouements. Le culte des ancêtres est de tous le plus légitime ; les ancêtres nous ont faits ce que nous sommes. Un passé héroïque, des grands hommes, de la gloire (j’entends de la véritable), voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale. Avoir des gloires communes dans le passé, une volonté commune dans le présent ; avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour être un peuple. On aime en proportion des sacrifices qu’on a consentis, des maux qu’on a soufferts. On aime la maison qu’on a bâtie et qu’on transmet. Le chant spartiate : « Nous sommes ce que vous fûtes ; nous serons ce que vous êtes » est dans sa simplicité l’hymne abrégé de toute patrie.

3Dans le passé, un héritage de gloire et de regrets à partager, dans l’avenir un même programme à réaliser ; avoir souffert, joui, espéré ensemble, voilà ce qui vaut mieux que des douanes communes et des frontières conformes aux idées stratégiques ; voilà ce que l’on comprend malgré les diversités de race et de langue. Je disais tout à l’heure : « avoir souffert ensemble » ; oui, la souffrance en commun unit plus que la joie. En fait de souvenirs nationaux, les deuils valent mieux que les triomphes ; car ils imposent des devoirs ; ils commandent l’effort en commun.

4Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu’on a faits et de ceux qu’on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé ; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. L’existence d’une nation est (pardonnez-moi cette métaphore) un plébiscite de tous les jours, comme l’existence de l’individu est une affirmation perpétuelle de vie. Oh ! je le sais, cela est moins métaphysique que le droit divin, moins brutal que le droit prétendu historique. Dans l’ordre d’idées que je vous soumets, une nation n’a pas plus qu’un roi le droit de dire à une province : « Tu m’appartiens, je te prends. » Une province, pour nous, ce sont ses habitants ; si quelqu’un en cette affaire a droit d’être consulté, c’est l’habitant. Une nation n’a jamais un véritable intérêt à s’annexer ou à retenir un pays malgré lui. Le vœu des nations est, en définitive, le seul critérium légitime, celui auquel il faut toujours en revenir.

Extrait de la partie III : un paragraphe de transition de la fin de la partie II, puis les trois premiers paragraphes de la partie III.

Vocabulaire

legs
ce que l’on laisse à ceux qui viennent après soi ; ici, ce qu’une génération transmet à la suivante
dévouement
fait de se consacrer à une cause ou aux autres, parfois au prix d’un sacrifice
asseoir (une idée)
l’établir, la fonder solidement
ancêtres
les personnes dont on descend, les générations passées
deuil
douleur après une mort ; ici, épreuve vécue ensemble
tangible
concret, que l’on peut constater
annexer
rattacher un territoire à un autre État
critérium
forme ancienne de « critère » : ce qui permet de juger

Questions

  1. Dans le paragraphe 1, quel rôle joue la liste « la race, la langue, les intérêts, l’affinité religieuse, la géographie, les nécessités militaires » ?

    • A. Elle annonce le plan de la suite de la conférence.
    • B. Elle résume les causes des guerres de son époque.
    • C. Elle énumère les conditions nécessaires à toute nation.
    • D. Elle rappelle les critères que l’auteur a déjà écartés.
  2. Selon Renan, où se situent les deux éléments qui forment « l’âme » d’une nation ?

    • A. L’un dans le passé, l’autre dans le présent.
    • B. L’un dans le territoire, l’autre dans l’armée.
    • C. L’un dans la langue, l’autre dans la religion.
    • D. L’un dans la loi, l’autre dans l’économie.
  3. « L’héritage qu’on a reçu indivis » (paragraphe 2) : l’héritage est « indivis » parce qu’il…

    • A. a été divisé en parts égales.
    • B. a été reçu contre sa volonté.
    • C. appartient à tous en commun, sans avoir été partagé.
    • D. a été perdu en partie.
  4. Que veut dire Renan par « L’homme, messieurs, ne s’improvise pas » ?

    • A. Un orateur doit toujours préparer son discours.
    • B. Chacun doit choisir sa nation sans hésiter.
    • C. Les responsables politiques manquent d’expérience.
    • D. Une nation, comme une personne, est le produit d’une longue histoire.
  5. Pourquoi Renan cite-t-il le chant spartiate « Nous sommes ce que vous fûtes ; nous serons ce que vous êtes » ?

    • A. Pour présenter Sparte comme le modèle politique de la France.
    • B. Pour montrer que la poésie compte plus que les lois.
    • C. Pour critiquer le culte des ancêtres.
    • D. Pour condenser en une phrase le lien entre les générations d’une patrie.
  6. D’après le paragraphe 3, qu’est-ce qui « vaut mieux que des douanes communes et des frontières conformes aux idées stratégiques » ?

    • A. Signer des traités de commerce avantageux.
    • B. Avoir une armée commune.
    • C. Avoir souffert, joui et espéré ensemble.
    • D. Parler la même langue et pratiquer la même religion.
  7. Pourquoi, selon Renan, « les deuils valent mieux que les triomphes » dans la mémoire d’une nation ?

    • A. Parce que les victoires divisent toujours un peuple.
    • B. Parce qu’on les oublie plus facilement.
    • C. Parce qu’ils sont plus nombreux dans l’histoire.
    • D. Parce qu’ils imposent des devoirs et appellent un effort commun.
  8. Renan écrit que l’existence d’une nation est « un plébiscite de tous les jours ». Il veut dire que la nation…

    • A. dépend chaque jour de la décision d’un chef.
    • B. change de frontières chaque année.
    • C. repose sur l’accord, renouvelé chaque jour, de ceux qui veulent vivre ensemble.
    • D. organise un vote officiel chaque jour.
  9. À quelles conceptions Renan compare-t-il sa définition, au paragraphe 4 ?

    • A. Au droit divin et au droit prétendu historique.
    • B. Au droit de la guerre et au droit du commerce.
    • C. À la monarchie et à l’empire.
    • D. À la religion et à la science.
  10. Quelle position Renan défend-il sur le rattachement d’une province à une nation ?

    • A. Le roi doit trancher seul.
    • B. La sécurité militaire passe avant tout.
    • C. Le droit historique doit décider.
    • D. Ce sont les habitants qui doivent être consultés.

01 A B C D02 A B C D03 A B C D04 A B C D05 A B C D06 A B C D07 A B C D08 A B C D09 A B C D10 A B C D

Texte : Domaine public : Renan est mort en 1892 (France : plus de 70 ans après sa mort ; règle stricte « auteur mort avant 1925 » respectée) ; texte publié en 1882 (domaine public aux États-Unis). Texte original en français, sans traduction.

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Corrigé de la série « Qu’est-ce qu’une nation ? »

01 : D02 : A03 : C04 : D05 : D06 : C07 : D08 : C09 : A10 : D

N°RéponseCompétencePassage qui justifie la réponse
1D. Elle rappelle les critères que l’auteur a déjà écartés.structure
voir comment le texte est construit
§ 1 : « Nous venons de voir ce qui ne suffit pas à créer un tel principe spirituel »
2A. L’un dans le passé, l’autre dans le présent.compréhension littérale
repérer une information
§ 2 : « L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. »
3C. appartient à tous en commun, sans avoir été partagé.vocabulaire en contexte
comprendre un mot dans sa phrase
§ 2 : « la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis »
4D. Une nation, comme une personne, est le produit d’une longue histoire.inférence
déduire ce qui n’est pas dit mot pour mot
§ 2 : « La nation, comme l’individu, est l’aboutissant d’un long passé d’efforts, de sacrifices et de dévouements. »
5D. Pour condenser en une phrase le lien entre les générations d’une patrie.intention de l’auteur
saisir le but ou le point de vue
§ 2 : « est dans sa simplicité l’hymne abrégé de toute patrie »
6C. Avoir souffert, joui et espéré ensemble.compréhension littérale
repérer une information
§ 3 : « avoir souffert, joui, espéré ensemble, voilà ce qui vaut mieux que des douanes communes »
7D. Parce qu’ils imposent des devoirs et appellent un effort commun.inférence
déduire ce qui n’est pas dit mot pour mot
§ 3 : « car ils imposent des devoirs ; ils commandent l’effort en commun »
8C. repose sur l’accord, renouvelé chaque jour, de ceux qui veulent vivre ensemble.vocabulaire en contexte
comprendre un mot dans sa phrase
§ 4 : « le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune »
9A. Au droit divin et au droit prétendu historique.compréhension littérale
repérer une information
§ 4 : « cela est moins métaphysique que le droit divin, moins brutal que le droit prétendu historique »
10D. Ce sont les habitants qui doivent être consultés.intention de l’auteur
saisir le but ou le point de vue
§ 4 : « si quelqu’un en cette affaire a droit d’être consulté, c’est l’habitant »

Barème indicatif : 1 point par bonne réponse. Ces séries entraînent à la compréhension écrite ; elles ne mesurent pas un niveau du CECRL et ne remplacent pas un test ou un diplôme reconnu.

Source du texte : transcription Wikisource (CC BY-SA 4.0) · version citée. Domaine public : Renan est mort en 1892 (France : plus de 70 ans après sa mort ; règle stricte « auteur mort avant 1925 » respectée) ; texte publié en 1882 (domaine public aux États-Unis). Texte original en français, sans traduction.

Naturalisation : le niveau B2 est exigé depuis le 1er janvier 2026

Pour une demande de naturalisation par décret déposée depuis le 1er janvier 2026, il faut justifier d’une connaissance du français « à l’oral et à l’écrit au moins égale au niveau B2 » du CECRL. La même règle vaut pour la déclaration de nationalité par mariage. Avant 2026, le niveau demandé était B1. Textes : décret n° 2025-648 du 15 juillet 2025, qui modifie les articles 14 et 37 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ; résumé officiel sur service-public.gouv.fr, fiche F11926 (vérifiée le 1er janvier 2026).

Seul un diplôme ou une attestation officiels prouvent ce niveau. La fiche F11926 accepte le diplôme national du brevet, un diplôme ou une certification professionnelle de niveau 3 au moins, un diplôme attestant le niveau B2 (le DELF B2 ou le DALF, par exemple), ou une attestation de réussite au TCF (France Éducation International) ou au TEF (CCI Paris Île-de-France) de moins de 2 ans.

Civiclasse ne prouve aucun niveau et ne délivre aucune attestation. Le module Lecture B2 entraîne à la compréhension écrite, une seule des quatre compétences évaluées (compréhension et expression, à l’oral et à l’écrit). Il ne reproduit pas les épreuves du TCF ou du TEF, ne les imite pas et ne promet ni un niveau ni une réussite.